lundi 5 décembre 2011

Que la presse se ...presse !!!


La ratp a récemment annoncé sa volonté de généraliser l'accès 3g dans le métro parisien. Le dernier sanctuaire du "non connecté" va tomber, comme sont tombés tous les autres lieux de non connexions (bars, restaurants, voitures, supermarchés...). Pour plusieurs centaines de milliers de parisiens, c'est un ouf de soulagement. Ils vont enfin pouvoir utiliser leurs smartphones dans les transports en commun, gagner 20 minutes (la durée n'est pas choisie au hasard...) d'utilisation en plus.


Pour la presse, cette annonce est une vrai révolution, pour ne pas dire une catastrophe. Car, pour avoir pris le métro (et le RER, également) - trop - longtemps, j'ai noté que le dernier endroit ou l'on pouvait encore voir des gens lire la presse quotidienne, c'était bien dans les transports en commun. 20minutes, d'ailleurs, n'est pratiquement distribué que dans les transports en commun. 


Avec cette concurrence du smartphone connecté, la lutte pour la survie deviendra encore plus difficile. Non seulement les quotidiens vont devoir continuer à se battre contre leurs ennemis historiques -  la télé, les gratuits, les titres spécialisés, et plus généralement le manque d'intérêt, mais, en plus, ils devront affronter les emails, youtube et Facebook. Surtout Facebook, d'ailleurs, la 3g ne permettant pas un visionnage YouTube de qualité (et pour le son, la musique reste en bonne place, pas besoin du son pourri d'une vidéo saccadée).  


Pour ne pas sombrer dans les oubliettes, ou pire, devenir un média entièrement subventionné, cette presse devra s'adapter, très rapidement, et utiliser les mêmes armes que son nouveau concurrent direct. Facebook a en effet de nombreux atouts pour capter ces quelques minutes de cerveau plus ou moins disponible. 
- Une lecture simple, aisée. Il est plus facile de tenir un smartphone debout, d'une main, en le pilotant du pouce, que de tenir un quotidien, même s'il est passé sous petit format.
- Un cerveau pas nécessairement réveillé.  On ne peut pas le nier, lire un mur facebook demande beaucoup moins d'attention et de concentration que lire les pages intérieures du Monde.
- Un rôle d'acteur. Enervé un matin ? Marre des grèves ? du boulot ? des élections ? Facebook permet de se défouler, de partager avec ses contacts son humeur du matin, au contraire d'un quotidien qui n'a que la page Sudoku pour aider à passer ses nerfs. Et on a vu mieux qu'un sudoku, pour exprimer quelque chose...
- Du contenu, toujours du contenu. Pour peu que l'on ait quelques dizaines de contacts sur facebook, on est à peu près certain de toujours avoir du nouveau sur son mur. Et au pire, on peut naviguer à l'infini sur l'ensemble des comptes facebook, ce qui donne une source de contenu inépuisable.


La presse, si elle veut survivre, devra appliquer les mêmes recettes. En se dotant, si ce n'est déjà plus ou moins fait, d'une application smartphone utilisable facilement, qui se contente de peu de ressources, et qui sait se manifester auprès de l'utilisateur quand il le faut.
Ce n'est certainement pas le plus difficile. L'engagement financier pour disposer d'une application iPhone/Android n'est rien en comparaison de ce qui a été demandé pour disposer d'un site web. Et les coûts sont mutualisables.

La réelle difficulté vient du contenu. Passer de la production de contenu pour un quotidien papier à la production de contenu pour un site web n'était déjà pas simple, et a plutôt été bien réalisé par les principaux groupes de presse. Mais pour s'adapter au format smartphone, il faudra encore innover, prendre en compte les supports multiples, les situations de lecture, l'ergonomie particulière (comment intégrer la publicité sur un écran de 4 pouces de diagonal ?), prendre en compte un temps de lecture très court (combien de temps un utilisateur de smartphone passe sur chaque mur facebook ?). Oui, parce qu'en plus, la presse va véritablement rencontrer le démon qui a fait trembler la télévision, le zapping !


Et surtout, encore plus que pour un site web, il faudra s'adapter à la temporalité qu'imposent
les réseaux sociaux. On ne parle plus de quotidien, ni même d'une édition par demi-journée. Il faut, sur un smartphone, qu'à chaque utilisation, le contenu soit nouveau. Parce qu'il est hautement périssable. 


Je passe beaucoup de temps à utiliser mon smartphone, pour lire la presse, le matin, le midi, le soir, dès que je dois attendre quelque part, au travers des multiples applications que j'utilise (des quotidiens type Le Monde, jusqu'aux pure players Slate, rue89, en passant par les hebdos). En gros, l'ensemble tient sur presque 2 écrans de mon android (soit une grosse vingtaine d'applis "presse"). Aucune ne réalise un sans faute selon mes critères, et la plupart sont tellement indigentes (plantage récurrents, contenu illisible, inaccessible, pas de possibilité de "read it later", etc...), que je préfère passer par une application de syndication de contenu - News republic.


Je ne connais pas les termes des contrats, s'ils existent, passés entre cette appli et les sources de contenu, mais il est certain que ce n'est pas de cette façon que la presse trouvera un second souffle, et retrouvera des moyens financiers dignes de son ambition...

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